AUTOUR DE LAUTREC

        C'est le havre, un repli dans la turbulence des occupations. Peut-être pas la retraite, mais enfin déjà une potion de jouvence. Une simple maison dans le bas de Lautrec, entre champs et boqueteaux. Je sais que Gérard et Chantal s'y réfugient dès que possible…         

Les reliefs du pays donnent pourtant du fil à retordre au visiteur qui vient en voiture.

          On ne le croirait pas en s'asseyant dans l'embrouillement des conifères : le visiteur oublie vite les aléas du voyage. Il paraît qu'ici le vent contourne les amis ; on le dit…

« Treize-vents » est une invitation. Regardez : les portes sont ouvertes et les chaises dépliées. Les arbres ne sont plus tout à fait indifférents : les humains sont de retour avec leurs cabas et leurs conversations, leurs préoccupations, leurs rires…

  Les arbres parlent-ils entre eux ? Quant à la maison elle-même, je la sens avide d'inspirer l'air du dehors et d'en boire la lumière.

  Quelle heure peut-il bien être ? (C'est un jeu plaisant d'associer une heure à un tableau.) Je dirai qu'il est 16 heures. Ou peut-être un peu plus tard lorsque l'après-midi, encore chargée de brumes et de voiles, penche lentement vers le soir comme un roseau. Mais ce pourrait être aussi le matin… Pourquoi ? Mais parce que le ciel, ce beau ciel où concourent du vert, du gris-fumée, de l'aigue-marine et encore un soupçon d'azur et de bleu électrique, hulule à mes oreilles une grande promesse.

« Tout se prépare et va / vers la joie manifeste ; / la terre et tout le reste / bientôt nous charmera »    (Rainer Maria Rilke).

 

 Manuel Dieudonné