LA NUIT EST NOUVELLE

    S'il n'y a pas d'expérience possible d'un silence absolu, c'est dans l'amenuisement et la raréfaction, dans les phénomènes de la ténuité et du bruissement qu'il faut en chercher le discret retentissement. Silence de la concentration, silence de la lecture et de l'écriture, silence de la prière, silence d'une phrase suspendue, silence du corps nu, fauve, glissant dans la pénombre, silence païen du regard animal, silence de la pluie sur les marches, du vent ébouriffant les dunes, d'un reflet de rêve sur les murs de la chambre, mais aussi silence assourdissant de la sidération et de la tristesse, du cri d'effroi…

      Le silence est nulle part et partout. À peine discernable au milieu des rumeurs. Tapi dans l'étoffe sonore du monde. Lové parmi les nuances de ce soliloque inlassable qu'on appelle penser.  « Le silence creuse son lit dans la parole, jusqu'au cœur de celui qui ne l'attend plus », écrit Jacques Dupin. Ainsi il faut tendre l'oreille… Réapprendre l'écoute… Guérir du vacarme qui nous mutile puisque « le bruit saigne », selon le mot d'Edmond Jabès.
  Les photographies de Gérard Charroin, un dialogue avec le violoncelliste Raphaël Chrétien, un poème inédit de Cécile Ladjali apportent leur pierre au chemin.