ECORCES

La peinture de Gérard CHARROIN

de Manuel DIEUDONNE

     Manuel Dieudonné est professeur de philosophie. Il a notamment publié aux éditions Bréal des études universitaires sur Schelling et Heidegger. Ses goûts autant que ses recherches l'ont conduit à s'intéresser aux multiples facettes de la peinture contemporaine. Très loin des analyses éthérées, Ecorces, texte consacré au travail du peintre Gérard Charroin, est le fruit d'une rencontre heureuse.   On ne trouvera pas dans cette belle monographie de conception esthétique toute faite ni de théorie édifiante. La philosophie n’est au service que du dialogue. C’est dans la maison de Gérard Charroin, à Chesley dans l’Aube, que s’élabore peu à peu une discussion sur l’oeuvre du peintre. L’ombre de Gaston Bachelard, né tout près d’ici, rôde sur l’ensemble. Voici donc, entre groseilles et vin de région, sous la belle lumière d’un début d’été, une rencontre heureuse.

CARNETS DE ROUTE

Gérard CHARROIN
500 croquis des années 1990 à 2008

à paraître :  SUITES

Gérard CHARROIN
230 peintures et dessins
Postface de Manuel DIEUDONNÉ

AUTOUR DE LAUTREC

Des villages vivants et gourmands dans une région baignée de soleil. 

        C'est le havre, un repli dans la turbulence des occupations. Peut-être pas la retraite, mais enfin déjà une potion de jouvence. Une simple maison dans le bas de Lautrec, entre champs et boqueteaux. Je sais que Gérard et Chantal s'y réfugient dès que possible…         

Les reliefs du pays donnent pourtant du fil à retordre au visiteur qui vient en voiture.

          On ne le croirait pas en s'asseyant dans l'embrouillement des conifères : le visiteur oublie vite les aléas du voyage. Il paraît qu'ici le vent contourne les amis ; on le dit…

« Treize-vents » est une invitation. Regardez : les portes sont ouvertes et les chaises dépliées. Les arbres ne sont plus tout à fait indifférents : les humains sont de retour avec leurs cabas et leurs conversations, leurs préoccupations, leurs rires…

  Les arbres parlent-ils entre eux ? Quant à la maison elle-même, je la sens avide d'inspirer l'air du dehors et d'en boire la lumière.

  Quelle heure peut-il bien être ? (C'est un jeu plaisant d'associer une heure à un tableau.) Je dirai qu'il est 16 heures. Ou peut-être un peu plus tard lorsque l'après-midi, encore chargée de brumes et de voiles, penche lentement vers le soir comme un roseau. Mais ce pourrait être aussi le matin… Pourquoi ? Mais parce que le ciel, ce beau ciel où concourent du vert, du gris-fumée, de l'aigue-marine et encore un soupçon d'azur et de bleu électrique, hulule à mes oreilles une grande promesse.

« Tout se prépare et va / vers la joie manifeste ; / la terre et tout le reste / bientôt nous charmera »    (Rainer Maria Rilke).

 

 Manuel Dieudonné.

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